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Clap de fin

La météo a décidé d’être maussade, mais nous reprenons la route. Ironie du sort, on nous apprend que ça fait deux mois qu’il n’était pas tombé une goutte d’eau. Disons que le temps a décidé de se rattraper. Au premier camion qui passe, nous sommes trempés jusqu’aux os. La journée va être longue…

Au bout de 70km, nous demandons asile aux premières personnes que nous croisons dans un petit village. L’homme parle un peu français et nous dit de venir se mettre au chaud, nous sommes sauvés ! Le français facilite la conversation. C’est pour nous l’occasion de parler de la Roumanie, de la France, des problèmes politiques, des idées reçues et des clichés sur les roms.

Les paysages magnifiques des premiers jours ont rapidement laissés leur places aux champs de maïs. Fini les Iron Gates qui nous ont ébloui. Le long de la frontière bulgare, la Roumanie est très pauvre, l’ambiance est totalement différente.

Dans les champs, les moissons se poursuivent. Ici, l’été est encore bien présent et le temps est redevenu très chaud. Nous croisons des charrettes remplies de maïs avec, perchées au-dessus, des familles entières d’agriculteurs. Parfois, on se demande comment ces vieilles dames ont réussi à monter là-haut. Parallèlement à ce spectacle traditionnel, les grosses firmes céréalières commencent à envahir le paysage avec leurs énormes tracteurs dernières générations à X millions d’euros et leurs convois incessants de camions. Ces deux mondes cohabitent pour le moment, mais le contraste est violent…

Dans cette partie de la Roumanie, il est difficile pour nous de trouver un endroit pour planter la tente. Les gens qui ont la chance de posséder un bout de jardin l’exploitent pour l’élevage de quelques poules, ou pour produire quelques fruits et légumes. Avoir de la pelouse est un luxe. Pour eux, la terre est le principal moyen de subsistance, et ça nous l’avons que trop oublié.

Le soir, nous demandons à un homme qui parle très bien anglais si il peut nous laisser planter la tente dans son jardin pour la nuit. Il nous explique qu’il ne peut pas car il part le soir même. Il est tard, et il décide de nous aider à trouver un endroit où dormir. Il demande à un groupe de petites mamies qui papotent sur le banc en face si elles auraient un peu de place pour nous. C’est la doyenne du groupe qui nous fait signe de la suivre. Notre interprète nous explique qu’elle nous accepte pour la nuit mais après son départ, la communication est difficile. Alors on fait des gestes, on rigole , on ne se comprend pas toujours… Après un bon repas accompagné de la visite de toutes les mamies du village, nous nous couchons dans le lit juxtaposé à celui de notre hôte. L’expérience est inédite.

Chez un de nos hôtes roumains Chez un de nos hôtes roumains Chez un de nos hôtes roumains Chez un de nos hôtes roumains

La traversée du pays se poursuit, l’Eurovélo se divise. Nous avons le choix de passer en Bulgarie pour quelques jours ou de continuer en Roumanie. L’accueil qui nous a été réservé jusqu’à présent nous motive à choisir l’itinéraire roumain et de garder la Bulgarie pour plus tard.

L’ambiance commence cependant à changer. Les villages semblent moins pauvres et paradoxalement, les gens, moins accueillant.

Nous rencontrons plus de difficultés pour trouver des endroits où dormir. Les habitants font preuve d’une certaine méfiance. Le contact avec la population devient plus difficile. Nous commençons à regretter notre choix mais l’approche de la mer noire nous aide à tenir. Et il faut être fort, car si Constanta s’approche, le fleuve fait un beau détour… Et c’est finalement à 70km de notre but que nous remontons vers le nord pour aller voir les montagnes et la région du delta du Danube. Si l’arrivée s’organise, se fantasme presque, nous devrons patienter encore un peu !

Rapidement, nous faisons face à un dénivelé beaucoup moins clément. Le paysage (re)devient magnifique, les montagnes se dessinent en arrière plan. Malgré le relief, nous sommes obligés d’allonger les étapes car les villages sont un peu plus éloignés les uns des autres. La route est difficile. Enchaîner les côtes sur de longues distances nous coûte beaucoup physiquement, mais peu importe, le jeu en vaut la chandelle !

Fatigués, les muscles fourbus après une grosse étape, et refoulés lors de nos premières demandes, nous tombons sur un monastère et décidons de tenter notre chance. Une sœur nous accueille et nous dit de nous installer où bon nous semble dans le jardin. Le monastère est perché sur une colline, le cadre est magnifique. Nous commençons à déballer notre tente mais nous sommes interrompus par une offre alléchante : une sœur nous propose de dîner, et quel dîner ! Un festin nous attend sur une des tables du réfectoire. Tout y est délicieux. Cette chaleureuse rencontre nous réchauffe le cœur (et l’estomac).

Le Danube en Roumanie Laura qui monte Le début des montagnes Les éoliennes Le cyclotouriste Le ferry Laura et les vélos sur le ferry Le monastère Autour du monastère Les oies

Nous commençons à planifier la suite du voyage, l’arrivée à Constanta puis à Istambul dans les deux semaines. Mais Vincent commence à souffrir d’un œil. Plus les jours passent et plus il est difficile pour lui de prendre la route.

Un soir, le propriétaire des lieux nous invite à dormir chez lui plutôt que de planter la tente. Une fois de plus. Après un sympathique apéro et un bon dîner, nous discutons comme nous pouvons. Mais le lendemain matin, nous sommes obligés d’appeler une ambulance qui nous conduit aux urgences dans la ville voisine, d’où nous venions. Le bilan n’est pas terrible, il semble plus sûr de rentrer… Heureusement, nos hôtes et leur fils nous assistent dans toutes nos démarches. Nous restons quelques jours chez eux, leur soutient est un vrai réconfort. Petit à petit, nous commençons à réaliser que nous allons rentrer et que tout s’arrête ici, du jour au lendemain, à 100km de notre premier objectif, après 4750km et 10 semaines sur la route… Nous ne verrons jamais la mer noire…

Finalement, le moral en berne, nous montons dans le bus qui nous ramène en France pour subir au cours des 48 heures suivantes ce qui ressemblera à un rapide rem-bobinage de cette belle expérience.

On en parle ?

  • Manon

    Bonjour à vous deux,
    Tout d’abord bravo pour votre blog et ce(s) beau(x) périple(s), c’est super de vous lire !
    Nous voulons tester l’eurovélo 6 cet été nous aussi, de Vienne au Delta en Roumanie : la planification avance mais se pose toujours la question du retour.
    Aviez-vous mis vos vélo dans le bus ? J’ai l’impression qu’ils ne sont pas toujours acceptés, ou qu’il faut les démonter avec une pochette qu’on ne peut pas se trimbaler tout l’aller…
    On aimerait éviter l’avion pour ne pas ruiner notre faible empreinte carbone de l’aller.
    J’ai l’impression que les vélos sont acceptés dans les trains plus ou moins partout mais reste à voir comment organiser les trajets et le prix que coûte cette solution.
    Comment comptiez-vous faire au début ? Avez -vous entendu des témoignages d’autres cyclistes à ce sujet ?
    Merci d’avance et bonne suite de voyages !

    • Laura & Vincent

      Bonjour Manon, et merci pour ton message :) Nous avons effectivement utiliser le bus. Nous ne comptions pas repasser par la France donc rien n’était organisé d’avance. Certaines compagnies, voir certains chauffeurs, peuvent avoir des exigences particulières… Le mieux est de voir sur place, en expliquant bien la présence de vos montures pour ne pas avoir de surprise. Nous n’avons pas testé le train mais plusieurs cyclos l’ont utilisé sans encombre. Le prix est sûrement bien supérieur… Bonne route et profitez bien !

  • Tamet Robert

    Bonjour,

    Et bravo, j’envisage ce périple pour cet été (2017), je suis seul. Pensez vous que c’est un handicape? J’ai décidé de prendre un vol Beauvais / Constanta (BlueAir, 109€ avec bagage et vélo) et de revenir jusqu’à l’atlantique.

    Qu’en pensez vous? Comme expérience j’ai fait le tour de la France (5350 kms et 48 jours en 2016).

    Merci pour vos précieux conseils.
    Robert
    Voici le site qui raconte mon tour de France : http://unpas-deplus.jimdo.com

    • Laura & Vincent

      Bonjour Robert, et merci pour ton message :)
      Il n’y a aucun soucis à partir seul. D’ailleurs, l’itinéraire est tellement fréquenté en saison que mise à part en Roumanie, tu risques de ne pas souvent pédaler seul. Et au vu de ton rythme pour le tour de France, tu ne vas pas mettre longtemps à rentrer.
      Par contre, niveau dépaysement, on te conseillerait plutôt l’autre sens parce que tu vas vite arriver dans des régions similaires et connues (la France et l’Allemagne font près du tiers du parcours pour un intérêt limité, le long de l’Eurovélo 6 tout du moins). Ça perd un peu son charme.
      Bonne route en tout cas !

  • chris

    bonjour à vous.
    toutes mes félicitations pour votre voyage, une sacrée balade.
    votre blog est bourré de bonnes infos et de photos qui donnent envie.
    j’aimerais en savoir plus sur l’état des routes entre Vienne et Constanta (pistes ou secteurs partagés, asphalte ou terre/cailloux ?), le nombre de crevaisons à prévoir (!), la dangerosité du trafic.
    voyageant seul, pensez vous qu’il y a des endroits risqués à éviter ?
    pour le ravitaillement, trouve t on en Bulgarie/Roumanie/Serbie, des superettes ou genre le long du chemin ou faut il prévoir en suffisance avant le départ ?
    merci d’avance.
    à quand la suite pour vous ?
    chris

    • Laura & Vincent

      Bonjour Chris, et merci pour ton retour !
      Pour répondre à tes questions, l’état des routes que nous avons emprunté (Eurovélo 6) est globalement bon. On a un peu lutté sur quelques kilomètres en Slovaquie où ils ont déposé des galets sur la piste… quelle idée. À part ça, tout est roulable sans problème. Les revêtements varient mais avec des pneus en 32mmm pour notre part, ça passe bien partout. Et sans crevaisons à déclarer.
      Il n’y a aucun endroit risqué. Tout s’est toujours bien passé avec les locaux, bien que l’accueil ici comme ailleurs peut varier d’une personne à l’autre. Tu peux partir l’esprit tranquille :)
      Aucun soucis de ravitaillement non plus, il y a ce qu’il faut le long de la route tant que tu sais d’adapter. Bien sûr, la monnaie locale est de rigueur mais tu peux en changer facilement un peu partout (aux frontières, dans les banques…).
      De notre coté, un nouveau périple est prévu début 2017, mais chut, c’est un secret.
      Profites-bien de ton voyage et n’hésites pas à nous donner des nouvelles ;)

  • Bernard

    Nous avons inscrit notre maison pour accueillir à notre tour des randonneurs à vélo… qui passeront sur la Loire… Nous pouvons héberger car nous sommes à 10 minutes rive droite de La Loire. Une piste vélo est balisée entre La Bohalle et Saint Mathurin sur Loire afin de rejoindre Corné.
    Où êtes-vous en ce moment ?
    Bonne journée,
    Bernard et Nadine

  • Bernard

    Bonsoir,
    Nous sommes Bernard et Nadine.
    Le 25 avril 2016, on doit partir pour l’Eurovelo 6 en 72 jours….
    On a besoin de vos conseils pour aller vers les gens du pays.
    Un jardin ou une chambre… Avez-vous des astuces et des sites genre Badycasa, Roomshower…
    Seconde question : les chiens… comment faire… ?
    Bravo pour votre blog.

    • Laura & Vincent

      Bonjour Bernard, bonjour Nadine,
      Merci pour votre commentaire :-)
      Pour aller vers les gens, nos armes principales sont un grand sourire et un « hello! ». Nous privilégions les gens que nous pouvons voir dans leur jardin car il est plus simple de se faire comprendre via des mîmes lorsque l’on ne parle pas la même langue. Nous ne demandons jamais de chambre, uniquement de la place pour camper. Ce sont nos hôtes qui la proposent suivant leur possibilité ou leur capacité à accueillir des inconnus chez eux. Concernant les réseaux en ligne, nous avons uniquement utilisé Warmshower (et Couchsurfing mais sans succès). L’immense majorité de nos contacts restent inopinés. Nous comptons écrire un article plus fourni à ce sujet à notre retour, alors n’hésitez pas à repasser sur le blog!
      Concernant les chiens, nous utilisions un bâton assez long pour taper au sol tout en roulant. Faire du bruit ou l’agiter en l’air suffit à les éloigner. Mais faîtes vous vacciner contre la rage au cas où. Toutefois, il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure.
      Voilà, n’hésitez pas à nous contacter par email si besoin.
      Bon voyage et profitez-en bien !

  • Gauthier Paule

    Je comprends votre déception mais conservez les bons moments et beaux souvenirs de ces temps forts. Bon rétablissement à Vincent. J’aimerais avoir de vos nouvelles. En attendant merci de nous avoir fait partager tous ces moments et belles photos. Paule

    • Laura & Vincent

      Merci à vous trois ! Ça va mieux, alors la suite arrive bientôt ;)

  • Vincent

    La sagesse est quelquefois cruelle mais elle n’altère pas les formidables souvenirs de cette aventure ou plutôt de l’épisode 1 !!
    Prompt rétablissement.
    Vincent

  • Alain

    Ce n’est que partie remise ! Une belle deuxième partie vous attend, gardez le moral !

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